Affaire BNIG : la demande d’irrecevabilité de la constitution de l’État renvoyée au fond

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LeRenifleur Judicalex Guinée 26/01/2026

Les débats dans l’affaire dite du présumé détournement de 119 milliards de francs guinéens à la Banque Nationale d’Investissement de Guinée (BNIG) ont repris ce lundi 26 janvier 2026 devant la chambre de jugement de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF).

Sont poursuivis dans ce dossier Alpha Mohamed Kallo, Ibrahima Tounkara, Maurice Eugène Alecaut, Afriland First Bank SA, la société Ejico SARL et la société Djoliba Pêche, pour des faits de détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, faux et usage de faux, atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics, complicité et recel.

À l’instar de ses co-prévenus, Afriland First Bank, représentée par Bangaly Kaba, a été entendue par la Cour. Après notification des charges, le prévenu les a formellement niées. Interrogé sur les relations entre Afriland First Bank et la BNIG, dont le directeur général est accusé de détournement, Bangaly Kaba a précisé 

« Il s’agit uniquement d’un rapport d’actionnariat dans le capital de la BNIG, à hauteur de 10 milliards de francs guinéens. C’est le seul lien qui existe entre Afriland First Bank et la BNIG. »

Il est reproché à Afriland First Bank d’avoir perçu 6 milliards de francs guinéens sur la base d’un contrat. Une accusation que le prévenu conteste vigoureusement, affirmant n’avoir jamais conclu un tel accord avec la BNIG.

« Je voudrais qu’on me prouve que les 6 ou 10 milliards dont on parle sont arrivés sur des comptes intitulés Afriland First Bank », a-t-il lancé.

Toutefois, Bangaly Kaba a reconnu qu’Afriland Management, une structure du groupe Afriland basée en Suisse, aurait apporté une assistance technique à la BNIG, conformément à un accord les liant, sans toutefois entrer dans les détails.

Cherchant à établir la nature des relations financières entre Afriland et la BNIG, le ministère public a interrogé le prévenu sur les 10 % du capital de la BNIG, évoquant un montant de 510 milliards de francs guinéens. Bangaly Kaba a alors reconnu l’existence d’un contrat de Dépôt à Terme (DAT) de ce montant, conclu pour une durée de trois mois non renouvelable, mais qui aurait débouché sur un désaccord.

« C’est vrai qu’Afriland a rencontré des difficultés, mais à ce jour, Afriland ne doit rien à la BNIG. Un compromis a été trouvé grâce à l’implication des plus hautes autorités de l’époque », a-t-il déclaré.

Alors que les débats suivaient leur cours, la défense a soulevé l’article 491 du Code de procédure pénale, demandant l’irrecevabilité de la constitution de l’État guinéen en tant que partie civile.

« La BNIG est une société anonyme. Elle n’est pas une filiale de l’État. Une société anonyme ne peut être représentée que par son directeur général et non par l’État. Nous demandons à la Cour d’appliquer l’Acte uniforme OHADA relatif aux sociétés commerciales et d’écarter purement et simplement l’État de la procédure », a plaidé la défense.

En réponse, l’Agent judiciaire de l’État a rejeté cet argument, soutenant que l’État est pleinement fondé à agir.

 « L’État est actionnaire majoritaire de la BNIG, créée par décret. Il nomme son directeur général, lui fournit des moyens et injecte des fonds dans cette banque. Vous ne pouvez pas lui dénier le droit de réclamer son dû », a soutenu Maître Pépé Antoine Lamah, invoquant les articles 7 et 153 de la législation relative à la lutte contre la corruption et les pratiques assimilées.

Invité à se prononcer, le procureur spécial a requis que la demande d’irrecevabilité de la constitution de l’État soit jointe au fond. Une requête acceptée par la Cour, présidée par Yagouba Conté.

L’affaire a été renvoyée au 4 février 2026 pour la comparution de l’actuel directeur général de la BNIG ainsi que des autres prévenus absents à l’audience du jour.

 

Par ODD – pour Judicialex-gn.org

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