Affaire parc Urbain à la CRIEF : Duel serré entre Me Alpha Yaya Dramé et Me Murielle Houindo à la barre

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À la suite de l’ancien directeur général de Rio Tinto, Samuel Gahigi, la directrice de Graphem Guinée SARL a entamé sa déposition ce mercredi 18 février 2026 dans l’affaire qui les oppose à la société Videri Entreprise SARL. Cette dernière les poursuit devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) pour des faits présumés d’atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics, de corruption dans le secteur public, d’usurpation de titres et fonctions, d’association de malfaiteurs et de complicité.

Comme son prédécesseur, Sara Bougriane a nié les faits qui lui sont reprochés. À l’entame de ses propos, elle a d’abord tenu à préciser son statut d’architecte agréée au Maroc, tout en soulignant qu’elle n’a jamais exercé en qualité d’architecte en Guinée  un point préalablement contesté par la partie poursuivante. Elle a ensuite expliqué avoir été approchée par Rio Tinto pour exécuter le projet dit « présidentiel », notamment le Parc urbain de Conakry, non pas en qualité d’architecte, mais en tant que paysagiste.

Elle a également soutenu qu’aucun contrat ne l’a liée à Rio Tinto dans le cadre de l’exécution des travaux qui lui auraient été confiés. « Il n’y a pas eu de contrat entre Rio Tinto et moi », a déclaré Sara Bougriane à la barre, en réponse à l’accusation selon laquelle elle aurait obtenu le marché sans appel d’offres. Confrontée à un document présenté comme un contrat la liant à Rio Tinto, la directrice de Graphem Guinée SARL l’a formellement rejeté : « Je ne sais pas d’où vous sortez ce document, mais ce n’est pas ma signature », a-t-elle répondu à Maître Alpha Yaya Dramé, avocat de Videri Entreprise SARL.

Se disant conforté par ce qu’il considère comme l’absence de contrat formel entre les deux entités dans la réalisation du Parc urbain de Conakry, Me Dramé estime que les débats ont tourné à l’avantage de la partie civile. « Elle ne pouvait pas annoncer autre chose parce que nous avons produit des preuves. Chaque question que nous lui avons posée était accompagnée d’un élément probant. Comme vous l’avez constaté à l’audience, Rio Tinto a longtemps soutenu qu’il y avait eu appel d’offres, jusqu’à ce qu’il soit mis face aux contradictions. Aujourd’hui, il est établi que la maître d’œuvre désignée n’est pas architecte en Guinée, qu’elle ne disposait pas des habilitations requises pour y exercer et qu’elle n’a pas été sélectionnée à l’issue d’un appel d’offres. Or, c’est sur la base de ses études que nous devions exécuter un marché devenu, selon nous, impossible à réaliser », a plaidé l’avocat.

De son côté, Maître Muriel Wendo, avocate de Graphem Guinée SARL, met en avant la bonne exécution des travaux confiés par Rio Tinto Guinée SA à sa cliente. Selon elle, la qualité d’architecte n’est pas déterminante dans ce dossier.

« À aucun moment Mme Sara Bougriane n’a affirmé être architecte agréée en Guinée. Elle est architecte agréée au Maroc, mais n’a jamais exercé en Guinée. Elle a toujours transmis à Rio Tinto les documents relatifs à sa profession au Maroc. L’entreprise, qui applique des procédures strictes de “due diligence”, vérifie systématiquement les pièces de ses partenaires avant toute collaboration », a-t-elle expliqué.

L’avocate précise également que la collaboration entre sa cliente et Rio Tinto aurait débuté bien avant la signature du protocole d’accord entre l’État guinéen et la société minière.

« Son intervention n’a aucun lien avec la rupture du contrat entre Rio Tinto et Videri. Elle a été approchée comme paysagiste et non comme architecte. Cela est clair et indéniable », a-t-elle soutenu.

Comme les avocats de Videri et de Graphem, nous avons tenté de recueillir la réaction du conseil de Rio Tinto, sans succès, au sortir de l’audience. Lors de sa déposition, l’ancien directeur général Samuel Gahigi a, lui aussi, rejeté systématiquement les faits allégués contre sa personne. Il a affirmé n’avoir jamais attribué de marché à Sara Bougriane sans appel d’offres et a indiqué qu’il n’était pas en fonction au moment de la passation du marché incriminé.

Peu avant la levée de l’audience, la partie civile a sollicité la comparution de témoins, une demande jugée inopportune par la défense. L’affaire a finalement été renvoyée au 8 avril prochain pour la suite des débats.

 

Affaire à suivre.

 

ODD pour Judicalex-gn.org

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