AJAG : une nouvelle dynamique pour les jeunes avocats de Guinée

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Dans une interview accordée à Judicalex-gn.org, ce mercredi 4 février 2026, le président de l’Association des Jeunes Avocats de Guinée (AJAG) est revenu sur la présentation de cette organisation, ses réalisations, ses objectifs ainsi que les défis à venir.

À peine rentré d’une rencontre sous-régionale des avocats, Maître David Béavogui confie que la mission a tenu toutes ses promesses et que l’avenir s’annonce prometteur.

 

1. Bonjour Maître ! Vous êtes le nouveau président de l’Association des Jeunes Avocats de Guinée (AJAG). Parlez-nous de cette entité.

 

L’Association des Jeunes Avocats de Guinée est une organisation non gouvernementale, apolitique, dont l’objectif est de sauvegarder les principes fondamentaux de la profession d’avocat, de former ses membres et de défendre les intérêts matériels et moraux des jeunes avocats. Elle œuvre également à la promotion de l’entraide et de la solidarité entre ses membres, tout en contribuant au développement et à la vulgarisation du droit. L’AJAG a, entre autres missions, la recherche de voies et moyens susceptibles de concourir au développement de la profession et à l’épanouissement du jeune avocat, ainsi que la participation au rayonnement du barreau, en collaboration avec le Conseil de l’Ordre.

2. Vous avez succédé à Maître Elhadj Madiou Barry. Quelles sont vos priorités en tant que nouveau président ?

Effectivement, j’ai succédé à Maître Elhadj Madiou Barry, qui a posé de nombreux actes importants. Je m’inscris dans la continuité de son action. Comme vous le savez, nous sommes à l’ère du numérique. Sous sa présidence, un partenariat a été signé avec une structure spécialisée dans la digitalisation des cabinets d’avocats, notamment Smartlex, dont nous bénéficions aujourd’hui de l’expertise.

Ma priorité reste avant tout la formation du jeune avocat, notamment à travers la maîtrise des outils de l’intelligence artificielle. Les experts le disent : l’intelligence artificielle ne remplacera ni le juriste ni l’avocat. En revanche, les avocats qui l’utilisent remplaceront ceux qui ne l’utilisent pas.

Nous avons élaboré un plan d’action qui sera validé vendredi prochain par le bureau exécutif. Il est axé sur la formation, la vulgarisation du droit, la mobilisation juridique, ainsi que la redynamisation de l’association.

3. La question de l’accès à la justice reste une problématique majeure. L’AJAG compte-t-elle assister les citoyens démunis ?

 

La justice constitue la colonne vertébrale de l’État de droit. À elle seule, l’association ne dispose ni des moyens humains, financiers ni matériels suffisants pour répondre pleinement aux attentes des populations. Toutefois, dans notre plan d’action figure une initiative majeure : la Semaine du Jeune Avocat.

À cette occasion, l’AJAG offrira gratuitement des services juridiques et judiciaires aux justiciables, aux détenus, aux personnes gardées à vue, ainsi que des consultations juridiques gratuites. Cette activité se déroulera sur toute l’étendue du territoire national, avec l’appui des médias pour une large information du public.

4. Vous revenez d’une tournée. S’inscrit-elle dans le cadre du renforcement des relations avec les autres entités juridiques ?

 

Oui. L’AJAG est membre de plusieurs organisations internationales et africaines, notamment l’Association internationale des jeunes avocats, qui organise des congrès annuels dans différents pays.

Nous sommes également membres de la Fédération Africaine des Associations et  Unions de Jeunes Avocats (FA-UJA), créée à Dakar en 2009, qui regroupe les jeunes avocats africains et porte des initiatives comme l’Observatoire de la défense.

J’ai récemment pris part à plusieurs rencontres, notamment à Lomé (Togo) en décembre, à un congrès international regroupant des avocats du monde entier, ainsi qu’à une rencontre au Burkina Faso, en compagnie du bâtonnier de l’Ordre des avocats. L’AJAG a participé activement à ces grands événements, conformément aux objectifs que nous partageons avec ces organisations partenaires.

5. Comment comptez-vous collaborer avec le Barreau de Guinée et les autres entités judiciaires ?

 

L’AJAG est la vitrine du Barreau ; elle n’est en aucun cas un second barreau. Elle vient en appui aux actions du Barreau de Guinée. Nous mènerons des plaidoyers auprès du Conseil de l’Ordre et du bâtonnier afin d’obtenir des moyens financiers. Sans ressources, même la meilleure politique peut rester vaine. À titre d’exemple, l’Association des jeunes avocats du Niger bénéficie d’une subvention du barreau, ce qui facilite grandement la réalisation de ses objectifs. Nous tendons également la main à l’État et aux autres institutions judiciaires, car l’atteinte de nos objectifs passe nécessairement par un accompagnement institutionnel et financier.

 

6. Quelles sont les principales activités déjà menées par l’association ?

 

Notre plan d’action n’ayant pas encore été validé, il serait prématuré d’en parler en détail. Toutefois, les grandes lignes portent sur la redynamisation de l’association, la visibilité de ses actions, la formation du jeune avocat et l’organisation de la Semaine du Jeune Avocat, avec des services juridiques gratuits au public. Une fois le plan validé par le bureau exécutif, nous organiserons un point de presse pour en informer l’opinion.

7. Quels sont les principaux obstacles auxquels font face les jeunes avocats en Guinée ?

Les jeunes avocats rencontrent de nombreuses difficultés, notamment liées à l’installation professionnelle, à la recherche de clientèle et à l’insertion dans le milieu judiciaire.

Ces obstacles peuvent freiner leur épanouissement. C’est justement pour y répondre que l’AJAG existe : accompagner les jeunes avocats dans leur carrière, défendre leurs intérêts face à l’État et aux institutions judiciaires, et les assister en cas de poursuites disciplinaires.

L’association veille également au respect de la déontologie et des textes régissant la profession.

 

8. Où en êtes-vous dans le processus de digitalisation ?

 

La convention est déjà signée et plusieurs cabinets ont souscrit. Actuellement, des formations sont en cours pour le personnel et la digitalisation se fait progressivement.

9. Quels sont les avantages de cette digitalisation ?

 

Aujourd’hui, l’avocat peut transporter son cabinet dans son téléphone. Où qu’il se trouve dans le monde, il peut travailler.

La digitalisation constitue également un rempart contre les pertes de documents, notamment en cas d’incendie. La gestion matérielle des dossiers est désormais révolue. Tout est numérisé, ce qui facilite l’accès aux dossiers, la célérité du traitement des affaires et renforce la crédibilité de l’avocat.

10. Quelles sont vos attentes vis-à-vis du nouveau garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme ?

Le juge Ibrahima Sory II Tounkara est un magistrat chevronné, fort de plus de quinze années d’expérience. Je l’ai personnellement connu à Mafanco, puis à la tête de plusieurs tribunaux de première instance, avant qu’il ne préside le procès historique des événements du 28 septembre.

Son parcours lui a valu la présidence de l’Association des magistrats de Guinée. C’est un homme d’expérience qui n’a pas droit à l’échec.

Toutefois, pour réussir, il doit bénéficier d’une réelle marge de manœuvre. Dans notre système romano-germanique, la politique pénale est mise en œuvre par le garde des Sceaux, ce qui nécessite une harmonie entre l’exécutif et le judiciaire.

Il a donc besoin d’être écouté, de moyens financiers adéquats, de ressources humaines qualifiées et du soutien de tous les acteurs de la justice.

 

Merci à vous, Maître.

 

Entretien réalisé par la rédaction de Judicalex-gn.org

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