À l’occasion du mois dédié à la promotion des droits des femmes, la magistrate Joséphine Loly Tinguiano, Avocate générale près la Cour d’Appel de Conakry et membre du Conseil supérieur de la magistrature, a livré une analyse ce samedi 14 mars 2026 à notre redaction sur la prise en charge des affaires impliquant les femmes et les jeunes filles par la justice guinéenne. Dans un entretien accordé à la presse, elle a évoqué les avancées enregistrées ces dernières années tout en soulignant les défis qui subsistent pour garantir une protection plus efficace des droits des femmes.
Selon la magistrate, la Constitution de la République de Guinée constitue la base juridique fondamentale garantissant l’égalité entre tous les citoyens. Elle rappelle que ce texte consacre clairement l’égalité en dignité et en droits entre les êtres humains et interdit toute forme de discrimination fondée notamment sur le sexe.
Au-delà de la Constitution, plusieurs textes législatifs viennent renforcer cette protection. C’est notamment le cas du Code civil guinéen, qui encadre les questions relatives à la famille et au mariage, mais aussi du Code pénal guinéen, qui prévoit des sanctions contre les violences basées sur le genre. Ces infractions comprennent, entre autres, le viol, les coups et blessures volontaires ainsi que les violences conjugales.
La Guinée a également adhéré à plusieurs instruments juridiques internationaux visant à renforcer la protection des femmes. Parmi eux figure la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qui engage les États signataires à promouvoir l’égalité et à lutter contre toutes les formes de discrimination envers les femmes.
La magistrate met également en avant les progrès institutionnels réalisés ces dernières années. Elle cite notamment les initiatives visant à améliorer la prise en charge des victimes de violences basées sur le genre. Parmi ces dispositifs figure l’action de l’Office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs, ainsi que la mise en place de brigades spécialisées chargées de la protection des personnes vulnérables.
Dans le même esprit, des juridictions spécifiques ont été instituées pour mieux traiter certaines affaires sensibles. C’est le cas du Tribunal pour enfants, chargé notamment de statuer sur les dossiers impliquant des mineurs, y compris les jeunes filles victimes de violences.
Ces mécanismes, explique-t-elle, contribuent progressivement à améliorer la répression des infractions liées aux violences sexuelles et aux discriminations.
Évoquant le rôle de la procédure d’appel dans la protection des droits des femmes, Joséphine Loly Tinguiano rappelle que la législation guinéenne offre aux justiciables la possibilité de contester une décision rendue en première instance. Le recours en appel, prévu par le Code de procédure pénale guinéen, permet ainsi de réexaminer les jugements lorsque l’une des parties estime que justice n’a pas été pleinement rendue.
« Lorsqu’une femme ou une jeune fille n’est pas satisfaite d’une décision rendue en première instance, elle peut exercer un recours afin que l’affaire soit réexaminée par la juridiction d’appel », a-t-elle précisé.
Malgré ces avancées, la magistrate reconnaît que plusieurs défis demeurent, notamment en matière d’accès équitable à la justice. Elle insiste en particulier sur la nécessité de renforcer la Direction nationale de l’aide juridictionnelle, une structure essentielle pour permettre aux citoyens, notamment les femmes les plus vulnérables, de bénéficier d’un accompagnement juridique.
Selon elle, cette institution devrait disposer de davantage de ressources humaines et financières ainsi que d’un budget autonome afin de mener efficacement sa mission de promotion et de protection des droits.
Profitant de cette tribune, l’Avocate générale a également adressé un message d’encouragement aux femmes et aux jeunes filles guinéennes. Elle les invite à croire en leurs capacités, à poursuivre leurs études et à développer leurs talents pour participer activement au développement du pays.
« Femmes et jeunes filles de Guinée, vous avez les compétences et les talents nécessaires pour réussir. Formez-vous, persévérez et sachez que l’avenir du pays repose également sur votre engagement », a-t-elle déclaré.
Pour Joséphine Loly Tinguiano, la promotion et la protection des droits des femmes constituent un enjeu majeur pour l’avenir de la Guinée. Si des progrès notables ont été accomplis sur le plan juridique et institutionnel, elle estime toutefois que les efforts doivent se poursuivre afin de garantir à toutes les femmes et jeunes filles un accès effectif à la justice et une protection renforcée contre les violences et les discriminations. Selon elle, l’égalité et l’autonomisation des femmes demeurent des leviers indispensables pour bâtir une société plus juste et favoriser le développement durable du pays.
Par Rahamane Mo, pour Judicalex-gn.org
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