Justice : Me Almamy Samory Traoré interpelle le ministre sur le maintien en détention de Dr Kourouma

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La tension monte au sein du système judiciaire guinéen. Le maintien en détention du Dr Ibrahima Kourouma, pourtant relaxé en appel par la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), ainsi que les absences répétées du parquet spécial lors des audiences, suscitent l’indignation du Barreau de Guinée.

Le jeudi 19 février 2026, le boycott du ministère public a provoqué le renvoi des dossiers concernant l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et Dr Mohamed Diané. Ce report est intervenu alors même que ce dernier devait entamer une étape décisive de la procédure, celle des plaidoiries et des réquisitions. Une situation qui, selon plusieurs avocats, porte atteinte au bon déroulement des procès et fragilise les droits de la défense.

Ces dysfonctionnements ont été vivement dénoncés par Me Almamy Samory Traoré, qui y voit le symptôme d’un malaise plus profond au sein de l’appareil judiciaire. À l’occasion d’une rencontre tenue vendredi avec le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, l’avocat a exprimé ses inquiétudes face à des pratiques qu’il juge incompatibles avec les principes fondamentaux de l’État de droit.

« Si une personne est poursuivie, puis relaxée, mais qu’elle demeure en prison, à quoi sert alors la justice ? », s’est-il interrogé. Il a également déploré l’attitude du parquet spécial 

« Il est inconcevable de plaider devant une juridiction où le ministère public refuse de comparaître. Lorsque vous vous présentez au parquet spécial et que le procureur est absent, que tout le monde disparaît, cela devient inadmissible. La confiance des citoyens envers leur justice est en jeu. »

Membre du collectif d’avocats assurant la défense d’anciens ministres, Me Traoré affirme avoir évoqué ces anomalies avec le Procureur général près la Cour d’appel de Conakry. Selon lui, l’affaire du Dr Kourouma n’est pas un cas isolé. Il évoque notamment la situation d’une autre personne relaxée qui serait restée en détention plusieurs jours supplémentaires, en dépit d’une décision judiciaire favorable.

Face à ce qu’il considère comme une atteinte grave à la crédibilité de l’institution judiciaire, l’avocat appelle à une réaction ferme des autorités. Il exhorte le Garde des Sceaux à exercer pleinement son autorité sur les parquets afin de garantir le respect strict des décisions de justice et le bon fonctionnement des audiences.

À travers cette interpellation publique, le Barreau de Guinée met en lumière des pratiques qui, si elles se confirment, risquent d’éroder durablement la confiance des citoyens dans leur système judiciaire. Entre décisions non exécutées et audiences paralysées par l’absence du ministère public, la justice guinéenne apparaît à un tournant décisif. La réponse des autorités sera déterminante pour restaurer l’autorité des décisions de justice et réaffirmer les principes fondamentaux de l’État de droit.

 

Par Rahamane Mo, pour Judicalex-gn.org

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