Mariage à la Mairie : Pourquoi donner de l'argent à l'officier d'état civil est un délit

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LeRenifleur Judicalex Guinée 21/12/2025

À l'occasion d'un entretien accordé à notre rédaction ce dimanche 20 décembre 2025, le juriste Kalil Camara a tenu à lever le voile sur une pratique courante mais illégale : la sollicitation ou l'acceptation d'argent par les officiers d'état civil lors des célébrations de mariage.

« Il n’y a pas de Bic », « Manifestez-vous », « J’ai oublié mes lunettes »... Ces petites phrases, souvent prononcées sur le ton de l'humour dans les mairies, cachent en réalité des infractions pénales graves. Selon le juriste Kalil Camara, ces pratiques entrent directement dans le champ de la corruption et de la concussion.

Pour comprendre la gravité de ces actes, il faut d'abord définir le statut de celui qui célèbre l'union. Selon les lois portant code de conduite des agents publics et la prévention de la corruption, toute personne investie d'une mission de service public pour l'intérêt général est considérée comme un agent public.

Qu'il s'agisse du Maire ou d'un fonctionnaire délégué par arrêté ministériel, l'officier d'état civil agit au nom de l'État.

« La célébration du mariage est une mission de service public », rappelle le juriste. À ce titre, ces agents sont soumis à des obligations strictes de probité, d'intégrité et de neutralité.

Le cadre légal est dépourvu de toute ambiguïté. Plusieurs textes répriment sévèrement le fait pour un agent de solliciter ou d'accepter des avantages:

Le Statut des Agents de l’État (Article 56) : Il interdit formellement de solliciter ou d'accepter des dons ou gratifications pour des services que l'agent est légalement tenu de rendre.

La Loi sur la Corruption (Article 5) : Elle précise que solliciter un article de valeur, quel qu'en soit le montant, est assimilé à de la corruption.

 Le Code Pénal (Article 771) : Il définit la corruption passive comme le fait de solliciter un avantage indu pour accomplir un acte de sa fonction. Il punit également la concussion, soit le fait de percevoir des sommes que l'on sait ne pas être dues.

L'argument souvent avancé selon lequel l'argent serait offert de bon cœur par les mariés ne tient pas devant la loi dès lors que l'agent est dans l'exercice de ses fonctions. Maître Camara souligne que le simple fait d'accepter, même sans solliciter, place l'agent en infraction.

Ces comportements nuisent à l'image de l'administration publique et transforment un service gratuit (ou soumis à des taxes communales fixes et officielles) en un commerce privé. Les contrevenants s'exposent non seulement à des sanctions disciplinaires, mais aussi à des poursuites pénales devant les tribunaux.

En rappelant ces principes fondamentaux, Maître Kalil Camara tire la sonnette d'alarme sur une dérive qui s'est banalisée dans nos mairies. La lutte contre la corruption commence par le respect de la gratuité du service public et la dignité des fonctions officielles. Il appartient désormais aux citoyens d'être vigilants et aux autorités de veiller à ce que le « oui » des mariés ne soit plus conditionné par la générosité forcée de leurs proches.

 

 

Par Rahamane Mo, pour Judicalex-gn.org 

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