Passation au département de la Justice : Le ministre sortant Yaya Kairaba Kaba cède le fauteuil à son successeur. (Discours)

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Ce mercredi 4 février 2026, la grande salle de réunion du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme a servi de cadre à une cérémonie de passation de pouvoir solennelle et empreinte d’émotion. Sous l'égide du ministre secrétaire général du Gouvernement, Tamba Benoît Kamano, le Garde des Sceaux sortant, Yaya Kairaba Kaba, a officiellement transmis les rênes du département à son successeur, Ibrahima Sory 2 Tounkara, précédemment premier président de la Cour d’Appel de Conakry.

Devant un parterre de hauts magistrats et de membres du gouvernement, le ministre sortant a dressé un bilan exhaustif de ses deux années d’exercice, mettant en avant des réformes structurelles majeures : du renforcement de la carte judiciaire à la modernisation des infrastructures pénitentiaires (4 500 nouvelles places), en passant par l’indemnisation des victimes du 28 septembre. En passant le « Sceau de la République » à un successeur qu’il qualifie d’homme de « clairvoyance avérée », Yaya Kairaba Kaba a réitéré son engagement envers l’indépendance de la justice guinéenne avant de quitter ses fonctions.

 

Judicalex-gn.org vous propose l’intégralité du discours du ministre sortant, Yaya Kairaba Kaba

 

Monsieur le premier président de la Cour suprême ou son représentant

Monsieur le procureur général près la Cour suprême ici présent,

Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement,

Madame la secrétaire générale du ministère de la justice et des droits de l'homme,

Monsieur le chef de cabinet dudit département, Mesdames et Messieurs les magistrats,

Distingués invités, chers collaborateurs du ministère de la justice et des droits de l'homme, Mesdames et Messieurs.

À l'entame de mon propos, je voudrais avec humilité rendre grâce au Tout-Puissant Allah pour toutes les faveurs qu'il m'a accordées, y compris la santé et la plénitude d'esprit qui m'ont permis d'accomplir avec sérénité la haute charge de ministre de la République pendant près de deux ans. Je tiens à exprimer toute ma reconnaissance à son excellence Monsieur Mamadi Doumbouya, président de la République, chef de l'État, qui par deux fois consécutives m'a renouvelé sa confiance, m'a permis de contribuer à un niveau hautement stratégique au rayonnement de la justice dans notre pays. Je ne cesserai de prier Dieu de continuer à lui accorder la santé et l'énergie nécessaires dans son combat pour l'édification d'une Guinée toujours plus prospère.

 

 

La mise en œuvre de la politique du gouvernement en matière de justice et de droit de l'homme ne saurait être l'œuvre d'une seule personne ou d'une seule entité. Si je suis fier de ce qui a été accompli dans ce domaine, c'est parce que j'ai été épaulé par Monsieur le Premier ministre, chef du gouvernement, Amadou Oury Bah, par les autres membres du gouvernement, les organisations de la société civile ainsi que les partenaires techniques et financiers. Je m'incline respectueusement devant eux pour leur exprimer toute ma gratitude.

J'adresse les mêmes remerciements à la famille judiciaire dans son ensemble ainsi qu'à l'ensemble des cadres du ministère pour la franche collaboration qui a prévalu durant ces années passées à la tête de ce département. Cette collaboration a permis d'atteindre plusieurs objectifs à travers la réalisation d'actions phares inscrites dans le plan d'action opérationnel découlant de la lettre de mission assignée au ministère.

Certaines réalisations imposent à l'ouvrier que je suis la modestie de ne point les citer à l'occasion d'une telle cérémonie, au grand dam de l'adage qui dit, je cite : "Bien faire et laisser dire". Fin de citation.

À ce titre, je citerai néanmoins par axe stratégique certaines réalisations qui méritent d'être portées à la connaissance d'une si auguste assemblée. Ainsi, dans le cadre du renforcement de l'indépendance, des capacités institutionnelles et de l'efficacité opérationnelle de la justice, on peut notamment retenir :

L'élaboration et la soumission au CNT de l'avant-projet de loi organique révisant le statut de la magistrature.

L'élaboration d'un avant-projet de loi portant statut des greffiers.

L'élaboration d'un avant-projet de loi relatif au port du bracelet électronique, mesure alternative à la privation totale de liberté.

La mise en place du bureau d'entraide pénale international (BEPI).

L'organisation des journées nationales des symboles de l'État.

La fabrication, la mise à la disposition du département du Sceau de la République dont vous faisiez allusion, comblant ainsi un vide existant dans notre pays depuis 1958.

Le renforcement des capacités des magistrats et autres acteurs judiciaires, plus de 1 500 cadres et agents formés. Le recrutement par voie de concours de 100 magistrats et 100 greffiers, suivi de leur affectation dans les juridictions. L'organisation de campagnes de communication et de sensibilisation des acteurs judiciaires et autres services étatiques intervenant dans les saisies relevant des compétences de l'AGRASC. La mise en place et l'opérationnalisation des bureaux d'aide juridictionnelle à la Cour d'appel de Conakry et à la Cour suprême. Le câblage et l'opérationnalisation progressive du système de gestion numérisée du casier judiciaire central.

L'achèvement et l'équipement de la maison centrale de Coyah d'une capacité d'accueil de 500 détenus. Le lancement et la poursuite des travaux de construction de la maison centrale de Yorokoguiyah  à Dubréka d'une capacité d'accueil de 3 000 détenus. L'achèvement de la construction de la maison d'arrêt et de correction de Macenta d'une capacité d'accueil de 100 détenus. La poursuite des travaux d'extension et d'équipement de la maison centrale de Conakry à Coronthie, faisant passer sa capacité d'accueil de 300 places initialement à plus de 1 900 aujourd'hui.

Avec ces nouvelles constructions et extensions, les capacités d'accueil des établissements pénitentiaires auront été notablement améliorées avec la création de près de 4 500 nouvelles places. S'y ajoute la poursuite des travaux de construction, d'extension et d'équipement de plusieurs juridictions, tant à Conakry qu'à l'intérieur du pays. La rénovation et l'extension de la chancellerie du ministère de la Justice, actuellement en cours. La mise à disposition de 25 fourgonnettes aux établissements pénitentiaires pour le transport des détenus. La dotation en engins roulants des chefs de juridiction et de parquet, des hauts cadres de l'administration centrale ainsi que de certains agents d'exécution. Au total, 87 véhicules et 20 motos TVS auront été distribués, facilitant ainsi l'accomplissement des missions et renforçant la motivation des bénéficiaires.

Dans le cadre de la promotion de la cohésion sociale, de la réconciliation nationale et du renforcement du lien de confiance entre le citoyen et la justice, il convient de retenir : l'organisation de campagnes de sensibilisation sur les maisons de justice et les modes alternatifs de règlement des conflits ; l'équipement des maisons de justice de Kindia et Labé ; la mise en place et l'opérationnalisation de la commission chargée de l'indemnisation des victimes des événements du 28 septembre 2009, avec près de 200 victimes déjà indemnisées à ce jour, et le processus se poursuit.

En matière de promotion et de protection des droits de l'homme dans le système judiciaire, je citerai entre autres notamment : l'amélioration des conditions de détention à travers la fourniture de 3 000 lits et matelas, 6 000 draps de lit ; la participation de la Guinée à l'Examen Périodique Universel (EPU) en 2025 à Genève ; l'organisation de séances de formation et de sensibilisation en matière de droits de l'homme ainsi que la rédaction des rapports périodiques y afférents ; l'élaboration d'un projet de loi relatif à la protection des défenseurs des droits de l'homme.

Monsieur le Ministre de la Justice entrant, je voudrais à cet instant me tourner vers vous pour vous adresser mes chaleureuses félicitations à l'occasion de votre nomination au prestigieux poste de Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l'Homme.

Vous êtes les bienvenues dans cette maison et l'histoire retiendra que vous êtes le deuxième véritable garde des vrais sceaux de la République de Guinée.

Les acquis que je viens d'énumérer sont aussi les vôtres, Monsieur le Ministre entrant. Pour avoir été président du tribunal de première instance de Dixinn, premier président de la Cour d'appel de Conakry et président de l'Association des magistrats de Guinée.

À chacun de ces postes, vous avez œuvré à mes côtés pour le bon fonctionnement de la justice et son amélioration continue. En plus des acquis que j'ai le plaisir de vous transmettre, je vous prie d'hériter également avec courage non seulement d'une maison paisible, mais surtout des défis permanents auxquels le ministère a été confronté, et pour lesquels nous n'avons pas toujours disposé des moyens humains, matériels et financiers requis, ni parfois du temps ou des stratégies appropriées.

Je vous reconnais comme un homme doté d'une clairvoyance avérée, d'un sens élevé de responsabilité et d'une grande capacité managériale. Avec ces qualités, je suis convaincu que vous conduirez avec dextérité le ministère vers des objectifs encore plus ambitieux dans le cadre de la promotion d'un système judiciaire efficace, indépendant et accessible, garantissant à la fois la protection des droits de l'homme et la consolidation de la cohésion sociale.

Je tiens à vous rassurer de ma totale disponibilité à vous accompagner dans la réussite de cette exaltante mais exigeante mission et vous souhaite d'ores et déjà plein succès dans l'exercice de vos fonctions.

Je termine en remerciant du fond du cœur toute la famille judiciaire ainsi que les cadres du ministère qui m'ont accompagné jusqu'à ce jour. Chers cadres et agents du ministère, je présente mes excuses à celles et ceux à l'endroit desquels certaines de mes actions ont pu heurter la sensibilité ou leurs intérêts. Qu'ils sachent que ma seule préoccupation a toujours été la qualification du service public de la justice.

 

Je vous remercie pour votre aimable attention. 

 

Propos recueillis par Rahamane Mo, pour Judicalex-gn.org

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