Succession, veuves et enfants déshérités : ce que dit vraiment le Code civil guinéen

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LeRenifleur Judicalex Guinée 15/01/2026

Le partage de l’héritage des biens laissés par un défunt est souvent source de malentendus au sein des familles.
Oncles, veuves, fils et cousins s’opposent fréquemment lors de la répartition des biens successoraux, allant parfois jusqu’à saisir la justice pour être départagés. Afin d’éclairer l’opinion publique sur cette question sensible, un reporter de notre site d’information a rencontré, ce jeudi 16 janvier 2026, Me Hamidou Barry, avocat à la Cour.
Au cours de cet entretien, l’homme de droit a apporté des précisions sur l’ordre de succession et les personnes appelées à hériter selon le Code civil guinéen.
« Le Code civil a établi des ordres de succession. Il y a les descendants, les ascendants et les collatéraux. Il a également défini des degrés. Le premier degré concerne les enfants directs du défunt, le deuxième degré les petits-fils, et le troisième degré les arrière-petits-fils.
Le Code civil guinéen prévoit que les héritiers prioritaires sont les descendants et le conjoint survivant. Les descendants comprennent les fils, petits-fils et arrière-petits-fils. Après eux viennent les père et mère du défunt. La loi prévoit d’ailleurs que les parents héritent quelle que soit la succession, s’ils sont vivants. Ils ont des parts bien définies. Toutefois, ce sont les descendants qui obtiennent la plus grande part. Le conjoint survivant, par exemple, reçoit généralement un huitième de la succession. En résumé, les héritiers prioritaires ne sont ni les cousins, ni les oncles, ni les tantes. Ce n’est qu’en l’absence de descendants et de conjoint survivant que la succession est partagée entre la famille maternelle et la famille paternelle, chacune recevant une part égale.
Mais ce sont des cas rares. Le plus souvent, on rencontre des situations où, après le décès du mari, les frères de celui-ci expulsent la veuve et déshéritent les enfants. Tout cela n’est ni normal ni conforme au droit », a-t-il expliqué.
Me Hamidou Barry s’est également prononcé sur le cas des enfants incestueux et des enfants nés hors mariage.
« En principe, les enfants naturels bénéficient de l’héritage. Toutefois, le Code civil guinéen prévoit que les enfants incestueux, issus d’un inceste, n’ont droit qu’aux aliments. C’est une disposition du Code civil guinéen. En revanche, la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant ne fait aucune distinction entre les enfants naturels, adultérins simples ou incestueux. Elle affirme que tous les enfants ont droit à l’héritage. La discrimination se situe donc au niveau du Code civil, qui limite les droits successoraux de l’enfant incestueux aux aliments. Par aliments, il faut entendre tout ce qui est nécessaire à la vie : la nourriture, les médicaments, les vêtements et le logement », a-t-il précisé.
L’avocat a par ailleurs rappelé que les veuves sans enfants ont pleinement droit à l’héritage.
« Depuis le Code civil de 1983, la veuve sans enfant a toujours droit à une part successorale. Ce Code avait même prévu que tous les cinq ans de mariage, on considère symboliquement que la femme a un enfant. Cela montre que l’absence d’enfants n’est en aucun cas une cause de dissolution du mariage. Le mariage vise certes la procréation, mais de nombreux couples ont vécu et sont décédés sans enfants tout en restant légalement mariés. On peut citer le cas du général Lansana Conté et de son épouse Henriette Conté, que leurs âmes reposent en paix. Ils n’ont pas eu d’enfants, mais sont restés unis jusqu’à la fin », a rappelé Me Hamidou Barry.
Enfin, l’avocat a lancé un appel à l’État pour une meilleure vulgarisation du Code civil guinéen.
« Le Code civil est largement ignoré par les populations. Beaucoup de personnes ne savent même pas qu’elles ont droit à l’héritage, surtout les femmes. Elles sont souvent exclues du foncier et des maisons, et on leur demande de se contenter des ustensiles, des tapis ou des chapelets. Pourtant, la loi est claire : filles et garçons héritent au même titre. Il est donc impératif de vulgariser les dispositions du Code civil guinéen, un texte très riche qui concerne l’ensemble de la population », a-t-il conclu.
 
 
Par Sadialiou Barry, pour Judicalex-gn.org
 
 

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