Le Barreau de Guinée réaffirme son engagement pour les droits humains et l’indépendance de la justice (Discours Bâtonnier)

Actu 1

À l’occasion du lancement officiel des audiences hors siège de la Cour de justice de la CEDEAO à Conakry, ce 15 mai, le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Guinée, Mamadou Souaré Diop, a livré un discours à forte portée institutionnelle et juridique. Devant les plus hautes autorités judiciaires, diplomatiques et politiques du pays ainsi que les représentants de la Cour communautaire, il a salué une initiative qui, selon lui, marque une avancée majeure dans le rapprochement entre la justice régionale et les citoyens ouest-africains.

Dans une intervention empreinte de solennité, le bâtonnier a insisté sur le rôle central de la Cour de justice de la CEDEAO dans la protection des droits fondamentaux, la consolidation de l’État de droit et l’affirmation d’une souveraineté juridique africaine. Défendant une vision moderne d’une justice « accessible, à l’écoute et proche des peuples », il a également appelé au renforcement de la coopération entre juridictions nationales et communautaires, tout en soulignant la place essentielle des avocats dans l’accès des citoyens à la justice régionale.

 

Judicalex-gn.org vous propose le discours intégral de Me Mamadou Souaré Diop

 

Monsieur le Premier Président de la Cour Suprême,

Monsieur le Président de la Cour de Justice de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),

Monsieur le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme,

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,

Mesdames et Messieurs les Présidents d’Institutions Républicaines,

Mesdames et Messieurs les Magistrats,

Mesdames et Messieurs les Membres du Corps diplomatique,

Chers Confrères,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un profond sentiment d’honneur, mais également avec une grande espérance pour l’avenir de notre espace juridique communautaire, que le Barreau de Guinée prend la parole à l’occasion de cette audience hors siège de la Cour de Justice de la CEDEAO organisée sur le sol guinéen.

Permettez-moi, au nom de l’Ordre des Avocats de Guinée, d’adresser nos salutations les plus respectueuses à Son Honneur Monsieur le Président de la Cour de Justice de la CEDEAO, ainsi qu’à l’ensemble de la délégation qui l’accompagne.

Votre présence parmi nous dépasse le simple cadre protocolaire. Elle constitue un acte institutionnel fort, un message de proximité adressé aux peuples de notre sous-région, mais également une démonstration éloquente de cette volonté de rapprocher la justice communautaire des citoyens auxquels elle est destinée.

Cette audience hors siège traduit une conception moderne et dynamique de la justice :

Une justice qui se déplace vers les peuples ;

Une justice accessible ;

Une justice qui écoute ; une justice qui dialogue ; une justice qui rassure.

Et dans une période où nos États sont confrontés à des défis sécuritaires, politiques, économiques et sociaux considérables, il est plus que jamais nécessaire de rappeler que la stabilité durable ne peut se construire sans institutions judiciaires fortes, crédibles et indépendantes.

Mesdames et Messieurs,

La Cour de Justice de la CEDEAO occupe aujourd’hui une place singulière dans l’architecture juridique africaine.

Initialement conçue comme une juridiction chargée de l’interprétation et de l’application des textes communautaires, elle est progressivement devenue une véritable juridiction de protection des droits fondamentaux dans notre espace régional.

Par sa jurisprudence, elle a contribué à faire émerger une conscience communautaire du droit, fondée sur la primauté de la dignité humaine, la responsabilité des États et l’exigence de justice.

Elle rappelle à nos États une vérité essentielle : le pouvoir ne trouve sa légitimité que dans le respect du droit.

À cet égard, je voudrais rappeler cette pensée du grand juriste français René Cassin, Prix Nobel de la Paix et l’un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui affirmait :

« Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans droit, et il n’y a pas de droit digne de ce nom sans juridiction indépendante pour le faire respecter. »

Cette citation résume admirablement le rôle que joue aujourd’hui la Cour de Justice de la CEDEAO dans notre région.

Mesdames et Messieurs,

L’intégration régionale ne saurait être réduite aux seuls échanges économiques ou à la libre circulation des personnes et des biens.

L’intégration véritable est aussi juridique, institutionnelle et humaine.

Elle suppose l’existence d’un espace communautaire dans lequel chaque citoyen, indépendamment de son pays d’origine, peut espérer une protection effective de ses droits fondamentaux.

Elle suppose également que les décisions de justice soient respectées, que les libertés soient garanties et que l’État de droit demeure le socle intangible de la gouvernance publique.

C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit l’action de la Cour.

Et c’est pourquoi le Barreau de Guinée salue particulièrement cette initiative de sensibilisation et d’ouverture vers les acteurs judiciaires nationaux, notamment les magistrats, les universitaires, les étudiants en droit et les avocats.

Car il faut le reconnaître avec lucidité : l’efficacité d’une juridiction dépend non seulement de la qualité de ses décisions, mais également de la connaissance qu’en ont les citoyens et les praticiens du droit.

Une juridiction méconnue, même prestigieuse, demeure insuffisamment accessible.

Or, les avocats occupent ici une place centrale.

Auxiliaires indispensables de justice, défenseurs des libertés publiques et privées, les avocats constituent le trait d’union naturel entre le citoyen et l’institution judiciaire.

C’est souvent par l’avocat que le justiciable découvre ses droits.

C’est par l’avocat qu’il comprend les mécanismes de protection juridictionnelle.

Et c’est encore par l’avocat qu’il peut accéder utilement à la justice communautaire.

Dès lors, renforcer la connaissance de la Cour auprès des barreaux revient à renforcer l’accès des populations à la justice régionale elle-même.

Mesdames et Messieurs,

Le Barreau de Guinée demeure profondément attaché aux valeurs qui fondent l’idéal communautaire africain : la paix, la solidarité, la liberté, la justice et la dignité humaine.

Nous croyons fermement que le droit doit demeurer le langage commun des États modernes et des peuples civilisés.

Nous croyons également que les juridictions communautaires africaines doivent être soutenues, consolidées et respectées, car elles participent à l'édification progressive d'une souveraineté juridique africaine.

À ce titre, l'Afrique doit avoir confiance en ses institutions

Elle doit faire confiance à ses juges

Elle doit faire confiance à ses avocats

Et elle doit surtout faire confiance à la force du droit

Comme le disait si justement Montesquieu :

« Il n’y a point encore de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice. »

Cette exigence d'indépendance judiciaire demeure aujourd'hui l'une des conditions essentielles de la démocratie et de l'État de droit dans nos sociétés.

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi également de souligner l'importance du dialogue entre les juridictions nationales et la Cour communautaire.

Loin d'être concurrentes, ces juridictions sont complémentaires.

Elles participent ensemble à une même mission : protéger les droits, garantir les libertés et assurer la confiance des citoyens dans l'institution judiciaire.

Le renforcement de cette coopération juridictionnelle est indispensable pour assurer une meilleure harmonisation des pratiques judiciaires, une meilleure exécution des décisions communautaires et une meilleure diffusion de la culture du droit communautaire dans nos États.

Le Barreau de Guinée, pour sa part, réaffirme sa disponibilité entière à accompagner toutes les initiatives allant dans le sens :

Du renforcement de la culture juridique communautaire ;

De la promotion des droits humains ;

De la formation continue des avocats ;

De l’accès effectif à la justice ;

Et de la consolidation de l’indépendance de la justice dans notre sous-région.

Mesdames et Messieurs,

Au moment où s’ouvrent ces audiences hors siège, nous formons le vœu que cette rencontre marque une étape importante dans le rapprochement durable entre la Cour de Justice de la CEDEAO et les acteurs judiciaires guinéens.

Que cette mission contribue à mieux faire connaître la Cour.

Qu’elle suscite des vocations parmi les jeunes juristes africains.

Qu’elle renforce la confiance des citoyens dans les mécanismes régionaux de protection des droits.

Et qu’elle rappelle à chacun de nous que le droit demeure, malgré toutes les crises, l’ultime rempart contre l’arbitraire.

Car lorsqu’une société cesse de croire dans la justice, elle fragilise inévitablement sa propre stabilité.

Mais lorsqu’elle place le droit au cœur de son projet collectif, elle ouvre la voie à la paix, à la confiance et au progrès.

Je terminerai par cette pensée du professeur et ancien Garde des Sceaux français Robert Badinter :

« La justice est la première dette de la souveraineté. »

Oui, Mesdames et Messieurs, rendre la justice, protéger les droits et garantir les libertés constituent la plus noble des responsabilités publiques.

Puisse la Cour de Justice de la CEDEAO continuer à porter cette ambition avec indépendance, courage et fidélité aux idéaux de notre communauté régionale.

 

 

Propos recueillis par Rahamane Mo, pour Judicalex-gn.org

Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier à commenter !

Vous devez vous connecter pour commenter cet article.


Articles similaires