CRIEF : reprise des débats dans le procès de l’ex-président de la Cour constitutionnelle

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Alors que la parole revenait à l’une des parties civiles, tout a brusquement basculé en raison du changement de composition de la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Ce lundi 27 avril 2026, les débats ont totalement repris dans l’affaire opposant l’État guinéen à Lanciné Kankou Kourouma et à Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle.

Ce dernier est poursuivi pour des faits présumés de « détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux » portant sur un montant de 20 milliards de francs guinéens. Des accusations rejetées en bloc par le prévenu.

À la barre ce mercredi, Mohamed Lamine Bangoura a tenté de démontrer son innocence. Il est d’abord revenu sur ses activités avant son arrivée à la Cour constitutionnelle en 2015. Selon lui, il exerçait en tant qu’enseignant-chercheur à la faculté de droit, tout en assurant des consultations.

« En ma qualité de doyen de la faculté de droit pendant six (6) ans, je percevais 6 millions de francs guinéens comme salaire », a-t-il affirmé.

Évoquant son parcours au sein de la Cour constitutionnelle, il a distingué trois étapes avec des rémunérations différentes :

D’abord, en qualité de membre en 2015, il percevait 21 millions de francs guinéens ;

Ensuite, devenu vice-président en 2017, son salaire est passé à 22 millions ;

Enfin, une fois président en 2018, il gagnait 75 millions de francs guinéens.

Interrogé sur la déclaration de ses biens avant sa prise de fonction, il a répondu par la négative : « Non ».

À la question de savoir si cela n’était pas imprudent, il a reconnu :

« Vous avez raison, mais je ne l’ai pas fait par mauvaise foi, plutôt parce que la Cour constitutionnelle n’était pas encore mise en place à cette époque », s’est-il défendu.

Concernant les 20 milliards de francs guinéens au cœur du dossier, il a expliqué qu’il s’agissait d’une subvention allouée à la Cour constitutionnelle qu’il présidait.

« Cette subvention servait notamment à payer les primes de session tenues les lundis et jeudis, les frais de logement, la prise en charge des cas de maladie, le carburant ainsi que les avantages accordés au personnel administratif », a-t-il précisé.

S’agissant de son patrimoine, Mohamed Lamine Bangoura a indiqué avoir acquis ses deux premières propriétés en 2009, alors qu’il était doyen à la faculté de droit de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia. La troisième aurait été obtenue par un système de troc durant son mandat à la Cour constitutionnelle.

Interrogé sur un immeuble acquis à Dakar pour un montant estimé à 4 milliards de francs guinéens, l’enseignant-chercheur a expliqué que cet achat a été rendu possible grâce à un prêt de deux milliards contracté auprès d’Afriland First Bank, à ses revenus personnels, ainsi qu’aux fonds issus de la vente d’un bien immobilier appartenant à son père en France.

Souhaitant faire toute la lumière sur l’affaire, les magistrats lui ont également demandé s’il détenait des comptes bancaires. Le prévenu a répondu par l’affirmative, citant trois établissements :

Vista Bank, où était domicilié son salaire de la Cour constitutionnelle, avec un solde estimé entre 600 et 700 millions de francs guinéens ; Société Générale, où était versé son salaire d’enseignant, ne dépassant pas, selon lui, les 100 millions ; Afriland First Bank, sans plus de détails.

L’une des parties civiles, notamment l’Agent judiciaire de l’État, étant absente, les débats n’ont pas pu se poursuivre après les questions du juge et du procureur spécial. Le dossier a donc été renvoyé au 4 mai prochain pour la suite des débats. Plusieurs autres dossiers ont également été renvoyés en raison de l’absence des parties au procès. C’est le cas notamment des affaires opposant l’État guinéen à d’anciens responsables, dont l’ex-ministre de l’Économie et des Finances Mamadi Camara, l’ancien directeur général des impôts Aboubacar Makhissa Camara, l’ancien directeur général de la Banque nationale d’investissement de Guinée Alpha Mohamed Kallo, feu Habib Ann, ainsi que l’Agence internationale pour la promotion pharmaceutique (AIPP) de Yamoussa Keita, entre autres. Il convient de rappeler que la plupart de ces prévenus sont poursuivis pour des faits présumés de « détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux ».

 

Affaire à suivre...

 

Par ODD pour Judicialex-gn.org

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