Procès en appel de l’affaire M’Mah Sylla : « Elle a été violée et mise enceinte avant de subir l'avortement », témoigne son père

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Le procès en appel de Patrice Lamah, Daniel Lamah, Célestin Millimouno et Sebory Cissé s'est poursuivi ce jeudi 23 avril 2026 devant la Cour d'appel de Conakry. Ce groupe est accusé d'avoir causé la mort de M'Mah Sylla, secrétaire de 25 ans. Selon l'accusation, la jeune femme aurait subi des viols répétés, suivis d'une grossesse et d'un avortement clandestin dont les complications lui ont été fatales.

​L'audience du jour a été marquée par la déposition de Mamadou Bhoye Sylla, le père de la victime. Dans un récit bouleversant, il a retracé le calvaire de sa fille, affirmant qu'elle avait été « violée et mise enceinte » avant de succomber à une série d'interventions chirurgicales « catastrophiques ».

​Pour rappel, les principaux accusés Daniel Lamah, Patrice Lamah et Célestin Millimouno  opéraient dans une clinique illégale. En première instance, le tribunal de Mafanco avait condamné les deux premiers à 15 ans de réclusion criminelle. Célestin Millimouno, toujours en fuite, avait écopé de 20 ans de réclusion. Un quatrième prévenu, le Dr Sebory Cissé, reconnu coupable de mise en danger de la vie d'autrui, avait été condamné à un an de prison ferme. Les accusés, en détention depuis le 14 octobre 2021, ont interjeté appel, jugeant ces peines trop lourdes.

​Devant la Cour, Mamadou Bhoye Sylla a décrit l'état de sa fille après l'intervention pratiquée par les prévenus :

​« Lorsqu'ils ont pratiqué l'intervention, Patrice Lamah, Daniel Lamah et Célestin m'ont sommé de sortir de leur clinique. J'ai refusé. Je n'avais jamais vu une telle opération : ils avaient ouvert tout le ventre de M'Mah Sylla et ne parvenaient plus à le refermer. Ils utilisaient du coton, et même de la "colle minute". Tout l'intérieur de son corps semblait décomposé. Elle est restée dans cet état durant trois mois et vingt jours. »

​Face à l'aggravation de son état, les accusés auraient transporté la victime à Dapompa, chez le Dr Sebory Cissé. Ce dernier se serait alors indigné de la situation.

​« Le Dr Cissé a dit que c'était très mal fait et qu'il ne pouvait pas la toucher car elle avait perdu trop de sang. Ils ont d'abord prétendu avoir retiré des kystes, mais le docteur a répliqué que ce n'était pas ainsi qu'on opérait des kystes. C'est à ce moment-là qu'ils ont avoué le viol. Le lendemain, Patrice Lamah a pleuré en admettant : "C’est moi qui ai mis M’Mah Sylla enceinte, mais je vais acheter tous les produits pour ses soins" », a relaté le père.

​Mamadou Bhoye Sylla a précisé que sa fille a subi au total cinq interventions chirurgicales : trois pratiquées par Patrice Lamah et Daniel Lamah, et deux par le Dr Sebory Cissé pour tenter, en vain, de la sauver.

​« Elle a été droguée puis violée. Si je suis devant vous aujourd'hui, c'est pour que ces gens ne puissent plus jamais recommencer. Avant d'être évacuée en Tunisie, où elle est décédée, elle était déjà entre la vie et la mort à l'hôpital Ignace Deen », a-t-il conclu.

​À l'issue de ce témoignage, la Cour a renvoyé l'affaire au 21 mai prochain pour procéder à une confrontation entre Mamadou Bhoye Sylla et les accusés.

 

 

​Par Sadialiou Barry, pour Judicalex-gn.org 

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