Procès pour viol et complicité d'avortement à Dixinn : Les témoignages glaçants de l'audience

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Le tribunal de première instance de Dixinn s'est replongé dans l'affaire complexe et douloureuse qui secoue l'opinion publique. Ce dossier oppose le ministère public à trois co-accusés : Elhadj Nouhou Diallo (fondateur du Groupe Scolaire éponyme à Wanindara, actuellement sous contrôle judiciaire), le Dr Néma Doré (médecin généraliste en fuite) et Raphaël Fangamou (chimiste et ancien réceptionniste de la clinique du Dr Doré). Tous trois sont poursuivis pour des faits présumés de viol sur mineure et de complicité d'avortement sur la jeune R.D., âgée de 17 ans au moment des faits.

La dernière audience a été marquée par les dépositions de Raphaël Fangamou, du politologue et juriste Abdoulaye Bah (oncle de la victime et partie civile), ainsi que par l'audition à huis clos de l'adolescente.

Poursuivi pour complicité, l'ancien réceptionniste de la clinique a fermement rejeté les accusations. Interrogé par le procureur sur son implication présumée lors de l'intervention notamment pour avoir tenu une torche et administré des injections, le prévenu a nié en bloc

« Je suis un simple réceptionniste. Mon rôle consiste à établir un carnet médical et à prendre les informations du patient. Je n'ai jamais assisté le docteur Néma, je n'ai jamais administré d'injections à la victime et je ne sais rien de cette affaire d'avortement. »

Le chimiste de profession a ajouté que lors de son admission, R.D. avait prétendu être âgée de 26 ans. Selon ses dires, la jeune fille s'est rendue à plusieurs reprises à la clinique pour s'entretenir directement avec le Dr Néma Doré. Elle lui passait un interlocuteur inconnu au téléphone avant que le médecin et la patiente ne s'isolent dans la salle de soins. Il a par ailleurs précisé que l'établissement possédait un agrément à l'époque, mais ne disposait que d'une salle de consultation et d'aucun bloc opératoire.

Appelé à témoigner, Abdoulaye Bah a retracé le calvaire de sa nièce, scolarisée dans l'établissement d'El hadj Nouhou Diallo. Selon lui, le fondateur profitait de la présence de R.D. dans la classe de sa propre fille pour s'en rapprocher. Après avoir pris l'habitude d'isoler l'adolescente dans son bureau sous prétexte de partager un repas, l'homme a commencé à lui faire des avances.

Malgré les tentatives de la jeune fille pour couper les ponts bloquant successivement plusieurs numéros de téléphone du fondateur, ce dernier a profité de l'échec de R.D. à l'examen du CEE pour revenir à la charge, lui promettant une inscription gratuite en 7ème année. Il lui avait également fourni un laissez-passer écrit pour lui éviter d'être renvoyée des cours en cas de retard de paiement de la scolarité.

Le jour du drame, un vendredi, El hadj Nouhou Diallo (qui officiait alors comme imam avant que sa carte ne lui soit retirée suite à cette affaire) a proposé de véhiculer R.D. et sa fille dans un restaurant après la prière.

En cours de route, le prévenu aurait changé de trajectoire pour conduire l'adolescente dans un motel, prétextant que le restaurant se trouvait à l'étage et que sa fille les y rejoindrait. Abdoulaye Bah poursuit le récit des faits

Le fondateur insiste pour que la victime l'attende dans une chambre et lui offre un soda (Coca-Cola). Profitant d'une absence de la jeune fille partie aux toilettes, il aurait versé un somnifère dans son verre. Bien qu'ayant remarqué un changement de goût, la mineure termine sa boisson et sombre dans l'inconscience.

El hadj Nouhou Diallo aurait alors abusé d'elle. Face à son état d'inconscience prolongé, il l'aurait transportée dans sa voiture avec l'aide d'un tiers, lui versant de l'eau sur la tête pour la réveiller.

À son réveil, constatant ses vêtements en désordre et des traces de sang, R.D. interroge le fondateur. Ce dernier balaye ses doutes en lui rétorquant qu'il s'agit sûrement de ses menstrues, un phénomène fréquent « même chez ses propres épouses ». Il la dépose ensuite au carrefour de Kobaya en lui donnant 50 000 GNF pour son transport.

À la suite de cette agression, l'état de santé de la jeune fille n'a cessé de se détériorer. D'abord emmenée à la clinique du Dr Néma Doré, elle est ensuite transférée à Mamou où elle s'évanouit. Les examens cliniques révèlent alors l'impensable : la mineure a subi un avortement clandestin qui a mal tourné, la laissant dans un état critique.

De retour à Conakry en urgence, R.D. souffrait d'une paralysie des membres inférieurs, sévèrement atrophiés. Il aura fallu une greffe et de longs mois de soins intensifs pour qu'elle puisse enfin recouvrer la santé.

À la suite de ces témoignages éprouvants, le président du tribunal, Mohamed Sangaré, a accédé à la demande de la partie civile : l'audition de la jeune R.D. s'est tenue à huis clos, à l'abri des regards, devant la chambre du conseil.

À la reprise de l'audience publique, le tribunal a prononcé le renvoi de l'affaire au 16 juillet 2026. Cette prochaine étape sera consacrée à la suite des débats de fond, ainsi qu'aux réquisitions du procureur et aux plaidoiries des avocats.

 

Par Rahamane Mo, pour Judiclaex-gn.org

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