Affaire « La Grande du quartier » à Kankan : Mariama Siré Kaba raconte les préjudices qu’elle attribue à la chanson d’Art Man

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Le Tribunal de première instance de Kankan a accueilli, ce mardi, une audience particulièrement suivie dans le cadre du procès opposant Mariama Siré Kaba à l’artiste Fodé Lancinet Keïta, plus connu sous les noms d’Art Man ou Manden Fodé. Au cœur des débats : la chanson intitulée « La Grande du quartier », que la plaignante estime être à l’origine de nombreux désagréments dans sa vie quotidienne. Connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « La Lionne », Mariama Siré Kaba, commerçante spécialisée dans la vente de boulettes et créatrice de contenus sur TikTok, a livré un témoignage marqué par l’émotion. Résidant au quartier Aéroport de Kankan, elle affirme que la diffusion de cette œuvre musicale a entraîné une série de moqueries et d’actes de harcèlement à son encontre.

Devant le tribunal, elle a expliqué que plusieurs internautes ont commencé à utiliser la chanson dans des montages vidéo associés à ses photos, accompagnés de commentaires qu’elle juge humiliants et attentatoires à sa vie privée.

« J’ai vu mes images circuler sur les réseaux sociaux avec cette musique en fond sonore. Certains faisaient des montages en y ajoutant des concombres et tenaient des propos qui portaient atteinte à mon intimité. Malgré cela, j’ai choisi de garder le silence dans un premier temps », a-t-elle déclaré à la barre.

Selon la plaignante, la situation a pris une ampleur encore plus importante après son retour de Siguiri. Elle raconte avoir été régulièrement prise pour cible par des enfants de son quartier.

« À mon retour de Siguiri, alors que j’étais assise devant ma maison, des enfants sont venus chanter “La Grande Baguè Lakoudou” devant ma porte en utilisant des radios. Certains me lançaient même des cailloux. Aujourd’hui encore, lorsque je sors, des enfants me disent : “Ce n’est pas nous qui l’avons dit, c’est Art Man qui l’a dit.” Je subis un véritable harcèlement dans mon quartier », a-t-elle affirmé.

Estimant que ces faits portent atteinte à son honneur ainsi qu’à la dignité de la femme, Mariama Siré Kaba a indiqué avoir saisi les autorités compétentes, notamment la Direction nationale de l’OPROGEM à Conakry, avant que le dossier ne soit transmis à la justice. Elle affirme également avoir alerté les services de police sur les conséquences qu’elle attribue à la diffusion de cette chanson.

Au cours de l’audience, le président du tribunal a cherché à clarifier certains éléments du dossier. Interrogée sur le contenu exact de la chanson, la plaignante a reconnu que son nom n’y est jamais mentionné de manière explicite.

« Est-ce que votre nom est cité dans cette musique ? », a demandé le magistrat.

« Non, mon nom n’y figure pas », a répondu Mariama Siré Kaba.

Malgré cette absence de référence directe, elle soutient que plusieurs allusions contenues dans le morceau, notamment l’expression « Baguè Lakoudou », largement associée à son image sur les réseaux sociaux, ont conduit le public à l’identifier. Selon elle, cette situation a favorisé les insultes, les railleries et diverses formes de harcèlement dont elle dit être victime depuis plusieurs mois.

Très médiatisé à Kankan et largement commenté sur les réseaux sociaux, ce procès continue de susciter un vif intérêt au sein de l’opinion publique. Les débats reprendront le 30 juin prochain, date à laquelle sont attendues les réquisitions du ministère public ainsi que les plaidoiries des différentes parties. Cette prochaine audience pourrait être déterminante pour l’issue d’une affaire qui soulève des questions importantes sur les limites de la création artistique, la responsabilité des contenus diffusés en ligne et la protection de la réputation des personnes exposées sur les réseaux sociaux.

 

 

Par Rahamane Mo, pour Judicalex-gn.org

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