Kankan : des violences éclatent autour du retour de réfugiés, trois armes de sécurité emportées, une enquête ouverte

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Un différend communautaire lié au retour de villageois réfugiés en Côte d’Ivoire depuis plus de dix mois a provoqué de violents affrontements dans la sous-préfecture de Boula, à la frontière entre la Guinée et la Côte d’Ivoire. Les incidents, qui ont opposé des jeunes aux forces de défense et de sécurité, ont conduit au pillage d’une base des agents déployés sur le terrain et à la disparition temporaire de trois armes à feu. Face à la presse ce jeudi, le substitut du procureur près le Tribunal de première instance (TPI) de Kankan, Mamadou Saliou Bah, a détaillé les circonstances de cette crise et annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire destinée à identifier les auteurs des violences ainsi que leurs complices.

Selon le magistrat, les tensions trouvent leur origine dans l’assassinat, il y a plusieurs mois, d’un habitant du village de Kalaflila. À la suite de ce meurtre, des habitants de Bolosso, soupçonnés par une partie de la population d’être impliqués dans cette affaire, avaient quitté leurs domiciles pour se réfugier en Côte d’Ivoire, craignant des représailles.

Après plusieurs mois passés en exil, ces villageois ont entrepris de regagner leur localité avec l’appui des autorités administratives et judiciaires. Pour le parquet, leur retour relevait d’un droit fondamental.

« Ce sont des citoyens guinéens. Ils ont le droit de vivre sur le territoire national », a rappelé Mamadou Saliou Bah, précisant que le préfet de Kankan avait été saisi afin d’organiser cette réinstallation dans des conditions sécurisées et d’éviter tout débordement.

Mais cette initiative s’est rapidement heurtée à l’opposition de certains habitants de Kalaflila. D’après le parquet, plusieurs jeunes, armés de fusils et d’armes blanches, se sont mobilisés pour empêcher le retour des réfugiés.

Le procureur explique que ces manifestants voulaient se rendre à Bolosso afin de contraindre les habitants revenus d’exil à repartir vers la Côte d’Ivoire. Pour prévenir une confrontation entre les deux communautés, les autorités ont déployé des forces de défense et de sécurité dans la zone.

Une première intervention a permis de disperser les manifestants. Toutefois, les agents sont restés sur place afin de maintenir un dispositif de sécurité et de prévenir toute reprise des violences.

Quelques jours plus tard, la situation a pris une nouvelle dimension. Selon le parquet, les jeunes mobilisés se sont directement retournés contre les forces de sécurité.

« Ils se sont attaqués au personnel déployé sur le terrain. Ils ont saccagé leur base et ne se sont pas arrêtés là », a indiqué le substitut du procureur.

Au cours de cette attaque, trois armes appartenant aux forces de défense et de sécurité ont été emportées par les assaillants.

À la suite de ces événements, le parquet a immédiatement ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire et le renforcement du dispositif sécuritaire dans cette partie de la préfecture de Kankan. Malgré la violence des affrontements, aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée. Le procureur a toutefois précisé que plusieurs agents ont subi des violences lors des attaques.

Les enquêteurs ont également établi que les assaillants avaient tenté d’empêcher l’arrivée des renforts en coupant plusieurs arbres à l’aide de tronçonneuses pour bloquer la route menant à la localité.

Une personne soupçonnée d’avoir utilisé une tronçonneuse a été interpellée et placée à la disposition des enquêteurs. D’autres suspects sont activement recherchés dans le cadre des investigations portant sur les violences ainsi que sur la disparition des trois armes.

Selon le procureur, ces armes auraient finalement été remises aux autorités administratives locales. Toutefois, un responsable local présenté comme le troisième maire de la localité est actuellement recherché.

« Il avait déclaré avoir retrouvé ces armes. Aujourd’hui, il est en fuite. Il doit être entendu afin d’expliquer dans quelles circonstances ces armes sont arrivées entre ses mains, qui les détenait auparavant et qui les lui a remises », a expliqué Mamadou Saliou Bah.

Le parquet assure que les investigations se poursuivent afin d’identifier l’ensemble des personnes impliquées dans cette affaire.

« Les forces de défense et de sécurité continuent d’agir de manière professionnelle. Les enquêtes se poursuivent afin d’identifier tous les auteurs, coauteurs et complices de ces violences », a déclaré le magistrat.

Alors que les forces de sécurité demeurent déployées dans la sous-préfecture de Boula pour prévenir toute nouvelle flambée de tensions, les autorités judiciaires affirment leur détermination à faire toute la lumière sur ces événements et à traduire devant les juridictions compétentes les personnes reconnues responsables des violences.

 

 

Par Rahamane Mo, pour Judicalex-gn.org

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